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INTERVIEWS > Gérard Herzhaft

Interview réalisée le 24/07/99
Par Cédric Vernet

  
             
Cette interview a été enregistrée le 9 juillet 1999 à la maison de musique et de la Danse à Valence. Gérard HERZHAFT s'apprêter à monter sur la scène en compagnie de son fils David pour un concert conférence sur la fresque de l'Amérique. Auteur, entres autres, de la célèbre Encyclopédie du Blues, nous avons rencontré Gérard HERZHAFT peu avant la sortie de son nouvel ouvrage « Le guide de la country music et folk », coécrit avec Jacques BRÉMOND.

 
Bluesactu.com : Pouvez-vous nous parler de ce concert conférence, « La fresque de l'Amérique » ?

Gérard Herzhaft : Je donne deux spectacles du même type : « La fresque du Blues » et « La fresque de l'Amérique », depuis la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb jusqu'au Rock'n'roll. C'est toute l'histoire de l'Amérique à travers la musique, aussi bien les cow-boys, les espagnols, les chants de travail, le blues, les spirituals, la Nouvelle-Orléans avec les débuts du jazz, etc. C'est un panorama historique, géographique et musical.

 
Bluesactu.com : Comment avez-vous découvert le blues ?

Gérard Herzhaft : J'ai découvert le blues tout à fait par hasard, comme tout le monde. Quand j'étais adolescent, j'ai eu un disque de blues dans les mains. Au début je n'aimais pas trop ça, j'aimais mieux le rock'n'roll. A force d'écouter le disque, j'ai découvert que c'était un peu la même chose que ce que j'aimais par ailleurs, avec un feeling formidable ! A partir de là, j'ai commencé à me mettre à la recherche d'autres disque, ce qui n'était pas évident à l'époque, puisqu'il existait très peu de disques de blues ou de country en France. Je suis donc allé en Angleterre où la scène était beaucoup plus ouverte. Ensuite, je suis allé aux États-Unis, à la recherche des musiciens eux-mêmes.

 

Bluesactu.com : Justement, quels sont ceux qui ont joué une importance capitale dans votre initiation ?

Gérard Herzhaft : J'ai découvert en fait que la musique et l'individu ne faisait qu'un. Quand j'ai rencontré certains musiciens, j'avais l'impression de bien les connaître car je les avais écouté pendant de nombreuses années. Il y en a évidemment beaucoup que je n'ai pas pu rencontrer car ils étaient morts, comme Robert Johnson, Charlie Patton, … Par contre, j'ai beaucoup été marqué par Muddy Waters, John Lee Hooker, Howlin' Wolf, puis des gens moins connu comme Big Joe Williams, R.L Burnside, etc. J'ai été très sensible aux musiciens du Delta également, qui avaient une musique beaucoup plus brute, émotionnelle, moins polissée que ce qu'est devenue ensuite cette musique. 

 
Bluesactu.com : Dans l'histoire, le blues et la country sont des styles assez éloignés. Qu'est-ce qui les rapproche fondamentalement ?

Gérard Herzhaft : Je pense que ce n'est pas si éloigné que ça. Ce sont en fait des musiques cousines, le blues étant plus proche de la country (et vice et versa) que du jazz, contrairement à ce qu'on dit en général. Ces musiques sont nées dans la même terre, le sud des États-Unis. Au départ, c'était exactement la même chose, les influences venant d'Irlande, d'Afrique, etc. Ensuite, il y a eu une divergence importante. Les communautés noires se sont mis à chanter un forme de ballade à la première personne du singulier qui s'est appelée « blues » et qui est devenue un genre à part. Mais au départ, il y avait un fond commun, qui ne s'appelait pas country music mais folk songs ou old time music  et de là est surgit le blues. Cette musique a alors épousé  l'histoire des noirs à travers toute la ségrégation du sud des États-Unis, pendant pratiquement un siècle.

 

Bluesactu.com : Aujourd'hui, on entend beaucoup parler de blues, alors que ses fondements existentiels, à savoir l'expression du mal vivre d'une minorité,  n'existent plus. Est-ce que selon vous le blues existe encore et si oui sous quelle forme ?

Gérard Herzhaft : C'est une question évidemment importante !  C'était une musique effectivement qui est née  d'une condition sociale, économique, géographique, politique, …, et qui a été grande grâce à ça. Sa grandeur provient du feeling qui se dégage de cette situation. Ce monde est terminé fort heureusement . Le message que les noirs ont lancé, à un moment donné, qui était un message de demande de reconnaissance a été entendu puisque, comme vous le dites, on a jamais autant entendu de musique blues. Mais est-ce que c'est la même chose qu'autrefois ? Non, de toute évidence. Le blues « historique » est terminé donc c'est autre chose, c'est une musique très largement blanche et internationale. Est-ce que c'est mieux, je ne sais pas. Personnellement, je préfère le blues « historique » avec le feeling qu'il y a derrière, que le blues FM que l'on peut entendre à la radio ou qui sert à sonoriser les salles de dentistes ou d'abattoirs comme à Kansas City. Ceci étant dit, c'est tout de même appréciable de voir que cette musique là, qui était méprisée par tout le monde et devenue une des référence internationale. Aujourd'hui, tout le monde aime le blues quasiment !

 
Bluesactu.com : Vous êtes quelquefois assez sévère avec la nouvelle génération de bluesmen. Malgré tout, quels regards portez-vous sur cette nouvelle génération ?

Gérard Herzhaft : Je ne suis pas vraiment sévère avec la nouvelle génération mais il y a un genre que je trouve un peu abusivement mis dans le blues, c'est le blues-rock. C'est un genre qui a ses règles. Il est né au début des années 60 avec les Rolling Stones, qui s'étaient inspirés du Blues. Aujourd'hui, c'est un genre très populaire, qui fait l'essentiel des festivals. Mais c'est largement basé sur les exploits techniques de guitaristes notamment et non pas sur le feeling. Il est bien évident que mettre ça en parallèle avec Muddy Waters ou Albert Collins n'est pas très pertinent. J'essaie simplement de rendre à César ce qui lui appartient !
Il y a tout de même des musiciens intéressants. Je pense à Kenny Neal, Charlie Musselwhite, Rod Piazza, etc. Le problème c'est qu'on a les disques des grands anciens ! Est-ce que la musique classique jouée par tel grand chef aujourd'hui supporterait la comparaison  avec les disques de Mozart, joués par Mozart ? Ils ont la chance dans le classique de ne pas avoir les enregistrements originaux mais nous on les a. On est donc bien obligé d'avoir sans cesse le regard sonore de Muddy Waters qui vous juge !  Et je crois que c'est une bonne chose. Le risque actuel, que je combat, c'est qu'une catégorie de gens se revendiquent « bluesmen » alors qu'ils s'affranchissent totalement de ce contexte historique et le nient. Je croie qu'ils vont à la catastrophe car le blues n'a pas l'assise technique et musicologique suffisante pour être autonome.

 
Bluesactu.com : Votre actualité, c'est la sortie prochaine d'un nouvel ouvrage consacré au Folk et la musique Country. Pouvez-vous nous en parler en avant première ?
Gérard Herzhaft : C'est un guide de la country music et du folk chez Fayard. J'ai fait ce livre en collaboration avec Jacques Brémond qui dirige la seule revue française de country music qui est « Le Cri Du Coyote ». C'est un ouvrage qui traite d'abord du Folk et de la country mais on a rattaché également des styles délaissés qui sont dans la mouvance rurale américaine notamment la musique cajun, et le rockabilly, qui est une forme de country music. J'ai également adjoint, c'est un peu plus discutable, toute la musique hawaïenne qui a beaucoup influencé la musique américaine, aussi bien le blues que la country music. Il est intéressant de donner un coup de projecteur  sur des artistes extraordinaires au niveau musical et qui ne sont jamais documentés dans aucun ouvrage.
Ce bouquin est le prolongement de mon « Que Sais-Je ? » sur la country music. Je crois qu'il n'existe rien en Français sur le sujet.
 
Bluesactu.com : Vous avez d'autres projets ?
Gérard Herzhaft : Oui, je fais également des romans. J'ai un roman qui va sortir début 2000, qui est sur le Blues. C'est la suite d'un autre roman que j'ai écrit l'année dernière « Catfish Blues » au Seuil. Le titre est encore incertain. 
Je vais également sortir un 3ème CD « Herzhaft Blues » avec Pick Boy, Cisco et une rythmique basse et batterie. Il va sortir également début de l'année prochaine.
 
Bluesactu.com : Sera-t-il « plugged » celui-là ?
Gérard Herzhaft : Non, ils ne sont jamais « plugged » !!! On ne sait pas faire comme vous l'avez constaté lors de la balance ! On a choisi de jouer acoustique parce que c'est ce qu'on aime. On fait aussi bien du blues que du folk, un peu de country. Mais ce n'est pas une affectation. On ne s'est pas « unplugger », on n'a jamais été « plugged » !
 
 
  POUR EN SAVOIR +
Bibliographie :
- HERZHAFT G., « La grande encyclopédie du Blues », Fayard, Paris, 1997.
- HERZHAFT G. et BRÉMOND J., « Le guide de la country music et du folk », Fayard, Paris, 1999
- HERZHAFT G., « La country music », PUF, Coll. Que Sais-Je ?
 
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