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Interview réalisée le 09/10/99
par Cédric Vernet
C'est un des
bluesmen les plus en vogue. Son premier album « This Must Be Love » a été
très bien accueilli par la critique. Guitariste et chanteur talentueux,
Franck Ash a su dès ce premier album imposer son style de chanteur de
blues à la voix Soul. Sa prestation au festival de Tullins et ici à Salaise
nous ont confirmé qu'il été aussi un très bon homme de scène. Cette
interview a été enregistrée le 9 Octobre 1999 à Salaise-Sur-Sanne. Elle a
été diffusée le 20 Novembre de 12H15 à 14H, sur Bluesactu.com. Vous en trouverez
l'intégralité ci-dessous. |
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Bluesactu.com : Comment as-tu découvert l'univers des musiques américaines ? |
Franck Ash : J'ai
découvert cette musique par l'intermédiaire de mon père qui est mélomane et
fan de musiques noires américaines. Il a commencé à m'emmener dans les
concerts quand j'avais 5-6 ans. |
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Bluesactu.com : As-tu découvert la musique en découvrant le Blues ? |
Franck Ash : Oui,
certainement. Finalement, à part le Blues, j'ai écouté très peu de choses.
J'ai une méconnaissance quasi inavouable de la musique blanche anglaise qui
a quand même marqué la planète avec Les Beatles, les Rolling Stones, les
Clash, tous ces grands groupes qui ont été a l'apogée en 70 avec un contexte
culturel autour. Moi, j'ai écouté, sans me souvenir de tous les noms que
j'ai entendu, la musique noire américaine sous les étiquettes Jazz, Blues,
Rhythm'n'blues, Soul et Gospel. |
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Bluesactu.com : Tout jeune, on te voit en photo en couverture de Rock'n'folk sur
les genoux de Aretha Franklin. Comment cela s'est-il produit ? |
Franck Ash : Je ne
sais pas comment tu as pu avoir cette information ! C'était en fait un
quatrième de couverture de Rock'n'Folk en 1967. Ça a été pris d'une façon
tellement flou que ça pourrais être n'importe quel petit garçon de 6 ou 7
ans. Il s'avère que c'est moi parce qu'on me l'a dit mais même moi je ne m'y
reconnaîtrais pas ! C'était dans le cadre du festival de Cannes où j'étais
avec mes parents. Mon père faisait du journalisme musical à l'époque comme
toi tu fais aujourd'hui et on s'est retrouvé dans la loge de Aretha
Franklin. Mais nous ne sommes pas certains qu'il s'agissait de Aretha
Franklin, ça pourrait être Mahalia Jackson d'ailleurs. |
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Bluesactu.com: Ta musique respire
différents styles, du Blues à la soul en passant par le funk et une petite
pointe de variété française dans le dernier album. Où se situent tes
principales influences ? |
Franck Ash : Je
dirais principalement BB King car c'est le musicien qui a été celui dont
j'ai décidé d'acheter les disques à partir de l'âge de 8 ans. Le premier
album fût « Completely Well » que j'ai été obligé de racheter plus
tard parce qu'il ne passait plus sur mon électrophone.
En fait, je suis fan des trois KING : BB, Albert, Freddy, pour des raisons
différentes. J'ai eu également une autre révélation en 1985 qui a donné une
source d'inspiration énorme, c'est Robert Cray. Et comme j'ai toujours été
trop fainéant pour copier- je trouvais ça trop fastidieux de reproduire note
à note un solo - je me suis plus imbibé de l'esprit d'un musicien. Je trouve
que cela m'a bien servi puisqu'ils ont été de vrais inspirations. Il y a du
BB King dans mon jeu - et je le dit de manière non prétentieuse - parce que
j'en suis comme une éponge imbibée et Robert Cray c'est pareil. Mais
je pourrais citer tellement d'autres gens ! Aujourd'hui j'écoute Joe Louis
Walker et d'autres artistes qui ne sont pas très très jeunes mais dont on a
eu connaissance plus récemment que les monstres sacrés comme BB King ou
Bobby Bland qui a compté pour moi au niveau du chant. Je dirais que j'ai
écouté toute la discothèque Blues même si je ne m'en souviens pas. |
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Bluesactu.com : Justement, tu as été très marqué par « The Thrill is Gone » de
B.B King ? |
Franck
Ash : Oui. C'était le dernier morceau de la face B de l'album « Completely
Well ». C'est une version absolument magnifique avec des violons. J'ai
ressenti, à l'écoute de ce morceau, ma première émotion musicale consciente.
Ça m'a tellement mis dans un état bizarre que je me suis demandé si j'étais
dans un état normal. J'étais tout seul dans ma chambre en écoutant ce
morceau et ça m'a mis dans un état de l'ordre de l'expérience religieuse.
C'était totalement mystique ! |
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Bluesactu.com : Même émotion avec le concerto pour violon de Beethoven ? |
Franck
Ash : Oui, j'aime beaucoup le concerto pour violon Opus 61 de Beethoven
mais ça ne me fait pas du tout la même chose. Je ne veux pas là évaluer, car
ce sont deux choses totalement différentes. Je connais en fait peu de choses
en classique mais il y a quelques morceaux comme les 4 derniers lieder
de Strauss que je trouve magnifique, chantés par Jessy Norman. J'aime bien
Erik Satie, Debussy, l'époque romantique ... |
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Bluesactu.com : Paradoxalement, ton premier album apparaît déjà comme une sorte
d'aboutissement de ta carrière. Autrement dit, c'est un album mûr. Aurait-tu
pu sortir cet album a un autre moment de ta carrière ? |
Franck Ash : Oui,
j'aurais pu le sortir deux ou trois ans avant car il était écrit et
enregistré. Il y a des bandes qui ne sortiront jamais car je n'étais pas
satisfait du son. Mais, à l'époque je n'avais pas la production. J'ai
préféré attendre d'avoir une maison de production et un distributeur plutôt
que de faire un disque auto-produit. Je ne me sentais pas capable de
l'assumer.
Je suis heureux d'entendre que tu trouves que c'est un album mûr. Mais pour
moi ce n'est que le début d'un travail qui a pris forme dans la réalisation
de ce premier album. Le deuxième album n'est pas enregistré mais il est
prêt, c'est à dire que j'ai tous les morceaux. Ils sont prêts en maquettes
et on commence à les jouer sur scène. Pour moi, ce premier album, n'est que
le premier d'une longue série qui prendra forme sans attendre 2 ou 3 ans
entre chaque album. Je pense que un an et demi sera un maximum que je
n'aimerais pas dépasser parce que je veux faire aboutir un projet. En toute
humilité, je dirais que j'ai un projet musical à mettre en forme et que je
travaille tous les jours. Pour l'instant, j'ai péché par orgueil sur le
premier album car j'ai tout écrit mais ça ne veux pas dire que je ferais pas
appel à d'autres gens. |
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Bluesactu.com : Tu es musicien de Screamin Jay Hawkins depuis 1995. As-tu
l'impression que cette expérience ressort sur ton album ? |
Franck Ash : Sur
l'album, non. La musique de Jay est différente de la mienne. Jay et moi on
s'entend car j'ai écouté sa culture. Je prend énormément de plaisir a jouer
avec lui mais il ne m'a pas influencé musicalement. Cependant, nous avons
des relations plus développées que celles qui lient habituellement un leader
et son guitariste. Nous avons pratiquement des rapports amicaux. Ce qui m'a
influencé, c'est plus des choses de la vie qu'une influence réellement
musicale. |
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Bluesactu.com : Un album,
c'est l'occasion de faire une tournée. Nous t'avons déjà vu dans la région
au festival « Sur la route de Tullins » au côté de Thierry Anquetil. Quel
souvenir en gardes-tu ? |
Franck
Ash : Un bon souvenir. Thierry est quelqu'un de très gentil et un bon
musicien. J'avais eu l'occasion de le rencontrer à Rouen deux ou trois ans
auparavant. Par contre, cette rencontre a été organisée par le festival. Ça
tombait bien car j'aime bien Thierry. J'ai un bon souvenir du festival de
Tullins. Il y avait un public très chaleureux et une belle scène. On s'est
donné et on a reçu comme j'aime que ça se passe. On est là pour les gens et
ils nous l'ont rendu. |
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Bluesactu.com : Pour toi est-ce que la Blues existe encore malgré la disparition
de ses fondements existentiels et si oui sous quelles formes ? |
Franck Ash : C'est
une belle et grande question ! C'est vrai que ce n'est plus la musique du
gettho des noirs américains. Tu as utilisé un mot que j'aime bien c'est
« existentiel ». Oui, c'est vrai, moi je suis français, blanc, demain tu
intervieweras un type qui est en Allemagne d'origine turque, puis un
pakistanais à Londres et tous les trois on fera du Blues. BB King me disais
que leur victoire c'est justement d'avoir fait du Blues une musique
universelle, n'en déplaise à un certain public (que je comprend par
ailleurs) en constante quête d'authenticité. Mais cette quête est parfois
sans objet, comme quoi si on a un noir américain sur scène, ce sera toujours
mieux qu'un blanc italien. Cela n'a plus lieu d'être aujourd'hui ! Le Blues
ne doit plus être de la part du public réservé à une élite noire américaine
dont on espère qu'elle reste bien inculte et qu'elle dise « Fuck » à toutes
les phrases pour que ça fasse bien authentique [...] Aujourd'hui on ne dit
plus « il est noir donc il est bluesman » mais « il est bon ou il est moins
bon ». C'est un challenge plus intéressant. Au public de choisir celui qu'il
élira comme bon et il y en a beaucoup à choisir comme bon ! Il y a pleins de
bons bluesmen et il y a de la place pour tout le monde puisque personne ne
fait la même chose. Alors allons-y, donnons-nous des émotions ! |
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