LES INTERVIEWS DU BLUES
CAFE |
 PAT
BOUDOT LAMOT
Interview
réalisée le 04/10/04
par Francis Rateau et Cédric Vernet
Une sacrée dose de feeling, des textes incisifs,
une guitare slide maîtrisée à la perfection, voilà comment définir en
quelques mots le talent de Pat Boudot Lamot. Le public et la presse blues ne
s'y sont d'ailleurs pas trompés en le couvrant de récompenses ces dernières
années :
Meilleur guitariste acoustique français aux trophées France Blues 1999,
lauréat du tremplin 2001 Blues Sur Seine, Prix spécial Fondation La Poste,
BottleNet 2001 du meilleur artiste blues acoustique et meilleur guitariste
acoustique français aux trophées France Blues 2001.
Il est venu nous rendre visite dans le Blues
Café pour nous parler de son dernier album "Quoi qu'on en Dise". Hep barman
! la même chose ! |
Le Blues Café : Patrice, tu reviens
avec un nouvel album en fin d'année 2004 après une période pendant
laquelle tu as été assez discret dans le "milieu" du blues. Comment
cela se fait-il ? |
Pat Boudot Lamot : En fait, je suis un peu
en marge de ce milieu. Il est vrai qu'à une époque, nous étions amenés
à tous nous fréquenter mais les liens se sont un peu distendus ces
dernières années. Par contre, je sais qu'aujourd'hui la scène blues a
vraiment pris tournure. Ça me fait plaisir de renouer certains
contacts par l'intermédiaire d'émissions de radio comme la vôtre
notamment. Je n'avais pas disparu de la circulation mais j'étais
vraiment concentré sur mon travail.
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Le Blues Café : Est-ce que tu veux dire
par là que le blues est finalement moins important que l'instrument
que tu maîtrises à la perfection ? |
Pat Boudot Lamot : Pour moi, le blues
était avant tout une aventure personnelle et une aventure solitaire.
J'ai connu le blues à une époque où on écoutait des disques de blues
sans savoir que ça en était ! Maintenant je suis très heureux de
constater qu'il y a énormément d'amateurs et que le blues a vraiment
trouvé sa place. |
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Le Blues Café : Comment as-tu fait
cette rencontre avec le blues ? |
Pat
Boudot Lamot : Par hasard. Lorsque j'étais adolescent, j'ai rencontré des
musiciens qui ramenaient des disques d'Angleterre. Pour l'anecdote, dans les
années 60, j'avais un copain dont l'oncle était directeur artistique chez
Philips. Il avait les disques gratuits et adorait Sheila. Il gardait donc
tous les disques de Sheila et me donnait le reste. Le reste, c'était des
groupes anglais, des groupes de blues. Vous imaginez si ça avait été
l'inverse ! |
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Le Blues Café : Sur ce dernier album,
on sent que tu as vraiment souhaité rapprocher tes deux amours : le
blues et la chanson française. C'est exact ? |
Pat Boudot Lamot : Oui, je ne peux pas le
cacher, chez moi c'est Edith Piaf et Georges Brassens qui tournaient sans
cesse sur le Pick-up.
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Le Blues Café : Comment se passe
l'écriture des chansons ? Tu commences par les textes et mets une
musique dessus ou c'est l'inverse ? |
Pat Boudot
Lamot : Il n'y a pas de scénarios. Tous les cas de figure sont bons.
Cependant, j'ai un rythme de croisière où j'ai envie d'écrire une chanson et
après j'ai envie d'écrire quelque chose qui a la forme d'un blues. J'ai
constaté souvent que lorsqu'un titre fonctionnait sur le canevas d'un blues,
il fonctionnait aussi sur le canevas d'une chanson. Par exemple, les
chansons de Bob Dylan, une de mes idoles, sont du blues mais on ne s'en rend
même pas compte. |
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Le Blues Café : Ça signifie
que, sur tes chansons, tu ne te verrais pas lancer un rythme reggae
par exemple ? |
Pat Boudot Lamot : Non, je l'ai déjà
senti mais c'est pas mon truc. Ce n'est pas mon tempo intérieur.
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Le Blues Café : Sur ton nouvel
album"Quoi qu'on en Dise", tu as réenregistré certaines de tes
anciennes chansons avec de nouveaux arrangements et de nouvelles
orchestrations. Quelle en est la raison ? |
Pat
Boudot Lamot : Il y a tout d'abord un facteur économique qui est
important. Ces dernières années, j'étais un peu contraint de jouer en
solo. Je
pouvais jouer toutes les chansons que je faisais simplement avec une
guitare mais il fallait les rendre un peu vivantes. J'ai donc été
obligé de faire un travail d'accompagnement car, à l'origine, ce
disque devait être un disque solo acoustique. Encore le fait du
hasard, je jouais seul en acoustique dans un cabaret un soir à Paris.
Amaury Blanchard, le batteur, était là dans la salle. Il est venu me
voir à la fin du concert et m'a dit "Tes chansons sont sympas, si un
jour tu as besoin d'un batteur appelle-moi !". Ce n'est pas tombé dans
l'oreille d'un sourd puisque je devais enregistrer deux jours après.
Deux jours après il était là et des chansons qui devaient, au départ,
être faites en acoustique ont été enregistrées en électrique en un
claquement de doigts.
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Le Blues Café : Est-ce que c'est un
disque qui, comme le précédent, a été enregistré "à la maison" ?
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Pat Boudot Lamot : Ça a été enregistré
pratiquement à la maison, dans le garage d'un ami. Par contre, j'ai voulu
apporter un soin tout particulier au mixage et au mastering et j'ai
vraiment fait appel à deux pointures. |
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Le Blues Café : Pour le mixage,
il s'agit de Jean-Michel Kajdan. Comment l'as tu rencontré ?
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Pat Boudot Lamot : C'est un ami de longue
date, on se connaît depuis très longtemps. Il a joué pas mal dans mon
groupe et on se croise toujours, une guitare à la main, à un moment ou
à un autre. |
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Le Blues Café : A l'écoute de ton
album, on remarque que tes textes sont complètement en phase avec les
problèmes de la société contemporaine. Je pense notamment à des titres
comme "Sans la Guerre" ou "L'étrange étranger". L'actualité
t'inspire beaucoup ? |
Pat Boudot
Lamot : Oui tout à fait. Lorsque je joue "L'étrange étranger" sur scène,
j'explique comment cette chanson m'est venue. J'habite à Belleville à Paris
et, pour écrire cette chanson, j'ai ouvert les fenêtres de chez moi et j'ai
regardé ce qui se passait en bas. Je pense que c'est notre rôle de
chanteur de rapporter un peu ce qui se passe. C'est intéressant de parler de
notre vécu, de parler de ce qu'on voit et de ce qu'on connaît. |
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Le Blues Café : Une autre de tes
passions ressort fortement sur le disque, c'est la guitare slide.
C'est un instrument que tu affectionnes particulièrement ? |
Pat Boudot Lamot : Oui j'aime beaucoup cet
instrument parce qu'il t'oblige à ne pas jouer vite mais à jouer le
sentiment, à faire sonner la note.
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Le Blues Café : Avant de se quitter,
peux-tu nous dire deux mots de ta rencontre récente avec Dave Goodman
? |
Pat Boudot Lamot : J'ai rencontré Dave à
Cahors et il s'est vraiment passé quelque chose. Je suis allé lui
rendre visite à Brême où il m'a permis de maquetter un peu chez lui.
J'ai joué à Brème à plusieurs reprises et on a fait des concerts
ensemble. On a de très fortes affinités musicales.
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Le Blues Café : Patrice merci et longue
vie à ce nouvel album "Quoi qu'on en dise". |
Pat Boudot Lamot : Merci, au revoir. |
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