LES INTERVIEWS DU BLUES
CAFE |
 NICO
WAYNE TOUSSAINT
Interview
réalisée le 06/09/04
par Cédric Vernet et Francis Rateau
Harmoniciste, chanteur et incroyable showman, à
31 ans Nico Wayne Toussaint semble pouvoir conjuguer tous les talents ! La
sortie récente de son superbe album live "Transatlantic Live" chez Dixiefrog
le confirme : Nico Wayne Toussaint est bien aujourd'hui un des plus dignes
représentants de l'harmonica blues en France.
Il nous a fait l'immense plaisir de venir s'asseoir derrière le comptoir du
Blues Café pour nous parler de son dernier album ainsi que de sa découverte
du blues.
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Blues Café : Nico tu es né en 1973 à
Toulon, autant dire que tu es un très jeune bluesman. Comment est-ce
qu'on découvre le blues lorsqu'on à 15 ans en 1988 - année où tu fais
ta première rencontre avec le blues ? |
Nico Wayne Toussaint :
J'ai la chance d'être issu d'une famille de musiciens donc il y a
toujours eu beaucoup de disques autour de moi. Ce n'était pas
forcément que du blues, il y avait de nombreuses influences diverses,
surtout américaines. Un jour un copain est passé à la maison et a
sorti de la discothèque de mon père un disque de Muddy Waters que je
n'avais jamais vu moi-même ! Ce disque s'appelait "Hard Again". Il a
laissé ce disque-là sur le bureau alors je l'ai écouté et ça a été un
flash ! |
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Blues Café : On a l'impression que les
bonnes fées sont avec toi puisque depuis cette découverte tu as
enchaîné beaucoup de rencontres et un succès rapide. Est-ce que tu as
signé un pacte avec le diable ? |
Nico Wayne Toussaint :
Pas que je me souvienne en tout cas (rires) ! En fait avec le
blues j'ai une relation très spéciale. Je ne sais pas pourquoi mais
c'est une musique qui me permet de m'exprimer, tout simplement.
Peut-être pas à 100% car aussi bien je trouverais un jour en français
quelque chose pour aller encore plus loin dans l'expression mais en
tout cas le blues me permet d'être sur scène et de communiquer.
J'adore ça, c'est vraiment mon vecteur, mon langage, ma manière de
parler ! |
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Blues Café : Ton langage c'est
également l'harmonica. A l'âge où tes copains devaient s'essayer à la
Stratocaster sur l'intro de "Hey Joe", comment as-tu découvert cet
instrument ? |
Nico
Wayne Toussaint : Par
hasard ... J'aurais bien aimé apprendre la guitare pour jouer "Hey Joe"
moi aussi mais je n'en ai pas eu le courage ! J'avais fait du piano
classique pendant quelques années mais l'étude des gammes et le
travail fastidieux avant de pouvoir jouer vraiment m'avaient un peu
rebuté. Ce dont j'avais envie c'était de pouvoir jouer rapidement. En
même temps que j'ai découvert Muddy Waters j'ai commencé à écouter un
peu de blues, à m'acheter des disques, de Sonny Boy Williamson par
exemple. J'avais également trouvé un disque de Bon Jovi qui s'appelait
"New Jersey" sur lequel il y avait un peu d'harmonica. C'était
un peu chaotique comme démarche ...
Un jour, lorsque j'avais 17 ans, j'ai vu un concert avec un gars qui
est venu jouer de l'harmonica pour faire un boeuf'. Ca a été le flash !
C'était un instrument tout petit mais à l'entendre j'avais
l'impression qu'il mesurait 3 mètres de long ! Je suis allé lui parler
et il se trouve qu'il donnait des cours d'harmonica et qu'il habitait
à 1 kilomètre de chez moi à l'époque ! J'ai pris des cours avec lui
pendant un an et demi. Ca n'avait rien à voir avec les cours de piano
que je prenais. C'était du contact immédiat avec la musique et en
trois mois je pouvais commencer à m'amuser avec mon harmonica. Je
n'avais pas besoin de passer par un travail long et fastidieux pour
espérer commencer à faire quelque chose. |
Blues Café : Tu es vraiment réputé pour
tes performances scéniques. Est ce que le fait d'avoir vécu quelques
années aux USA, d'avoir pu y côtoyer de nombreux musiciens américains,
ça a été une source d'inspiration pour toi ? |
Nico
Wayne Toussaint : Oui
énorme ! A 19 ans j'ai fait mon premier voyage à Minneapolis et j'y
suis retourné l'année d'après. Ensuite, quand j'avais 22 ans, j'y ai
vécu un an et depuis j'y vais tous les ans. J'y étais encore la
semaine dernière avec les Mudzilla pour jouer à Montréal et à Chicago.
J'ai eu la chance de pouvoir y aller très jeune. Ca m'a vraiment
marqué alors que mon expérience musicale était toute balbutiante. Très
vite, j'ai joué ici en France mais j'avais des modèles américains que
j'allais voir une fois par an et dont j'essayais de m'inspirer pour
revenir ici avec un vrai plus. Avoir pu jouer avec Luther Allison au
Petit Journal Montparnasse en 1994, côtoyer RJ Mischo, un harmoniciste
de Minneapolis qui maintenant habite vers Los Angeles, voir des
concerts dans les clubs des quartiers sud à Chicago, tout cela
m'a considérablement influencé ! Ce sont des choses qui marquent car,
tout à coup, certains grooves ou certaines chansons comme "Rock me
babe" prennent un sens supérieur quand on les voit dans leur contexte.
Lorsqu'on voit des gens commencer à onduler doucement dessus, ça prend
vraiment sa véritable dimension !
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Blues Café : Non seulement tu es un
brillant harmoniciste, un vrai show man mais tu es aussi un excellent
chanteur. Comment fais-tu pour avoir tous ces atouts en toi ? |
Nico Wayne Toussaint :
Je n'ai jamais travaillé le chant. Ca me porte d'ailleurs préjudice
quelque fois car si je ne fais pas attention je peux me fatiguer la
voix et ne pas la récupérer aussi vite que je voudrais. Il va donc
falloir que je puisse pallier à ça dans les mois qui viennent en
prenant des cours cette fois-ci.
En fait, quand j'ai commencé à écouter du blues à 15 ans je me disais
"un jour je jouerai de la guitare". Donc durant les 3 ans avant que je
découvre l'harmo, j'ai écouté beaucoup de disques et je chantais par
dessus en m'inventant des solos de guitares. Je me préparais en me
disant que le jour où j'aurais un instrument je saurais déjà ce que je
veux dire avec. Du coup, ces trois années ont constitué mon
apprentissage du chant et du blues. En même temps, j'ai ingurgité les
grilles des 12 mesures pour comprendre comment ça fonctionnait car je
n'en avais aucune idée. C'est comme ça que je me suis lancé dans le
chant.
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Blues Café : Venons-en à la sortie de
ton dernier album chez Dixiefrog, "Transatlantic Live". Pourquoi un
double album live ? |
Nico
Wayne Toussaint : C'est
parti de l'idée de faire un album live, simple, qui devait être
enregistré à Tournon d'Agenais avec mon groupe français. Je suis alors
parti pendant deux mois et demi à Chicago et une fois là-bas je me
suis dit "Mais bon sang, pourquoi est-ce que je n'enregistre pas aussi
un disque ici !". Puisque j'ai enregistré déjà des disques aux
Etats-Unis et que je revendique un peu cette double culture, je
trouvais dommage et limité de faire un live uniquement en France.
Comme j'aime bien les challenges, j'ai pensé qu'il fallait que je
revienne avec un live des Etats-Unis alors que ce n'était pas du tout
prévu ! J'ai alors appelé David Maxwell qui avait sorti un CD chez
Dixiefrog l'année d'avant. C'est un pianiste de Boston qui a une
discographie incroyable en tant qu'accompagnateur puisqu'il a joué
avec Freddy King, James Cotton, Bonnie Raitt, Junior Wells, etc. Il
avait rejoint mon groupe l'année d'avant pour une tournée
promotionnelle de son album et nos contacts s'étaient très bien
passés. Je l'ai donc appelé pour savoir s'il ne voulait pas continuer
l'échange et venir participer à mon disque. Non seulement il a
accepté de participer mais il m'a tout livré sur un plateau ! Il a
réunit tous les musiciens à Boston pour moi et il a trouvé le club où
on allait faire l'enregistrement. Je n'avais plus qu'à louer un ampli
et on a joué.
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Blues Café : Et à côté de David Maxwell
tu as eu la chance de jouer avec des musiciens tout à fait
exceptionnels ! |
Nico Wayne Toussaint :
Oui. Tout le groupe qui m'a accompagné a joué sur le dernier album de
James Cotton chez Telarc. Le bassiste et le batteur étaient, tout au
long des années 90, les accompagnateurs réguliers de James Cotton, mon
Maître ! Jouer avec eux c'était comme chausser les pantoufles de
Cotton pendant cette soirée. |
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Blues Café : Quel accueil t'a réservé
le public américain, en particulier à Chicago, la ville du blues
? |
Nico Wayne Toussaint :
Ils sont très respectueux du fait que nous-mêmes soyons respectueux de
leur musique et que nous ayons la démarche d'aller se perdre dans
certains quartiers sud où il n'y a pas un seul blanc américain. Ils
ont vraiment conscience de notre démarche d'aller aux sources du blues
et ils le respectent vraiment. Partout où je suis passé j'ai toujours
eu un accueil vraiment chaleureux. |
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Blues Café : Ton dernier album présente
un disque avec des musiciens français et un autre avec des musiciens
américains. Comment as-tu vécu cette différence ? |
Nico Wayne Toussaint :
Je ne l'ai pas vécu comme une différence mais comme une
complémentarité. L'un comme l'autre, seul, m'aurait un peu frustré.
Sur l'album de Tournon d'Agenais avec Mudzilla et les cuivres on a
joué des morceaux plus originaux, qui m'étaient plus personnels. On a
vraiment fait un travail d'arrangements. Patrice Goudin le
saxophoniste a travaillé sur l'écriture pour qu'on puisse se
réapproprier des anciens morceaux comme "Can't you tell" que j'avais
déjà enregistré dans le passé mais sans cuivre.
Le travail que nous avons fait à Boston était tout à fait différent.
On n'a pas répété une seule fois avec les musiciens ! Nous avons
simplement mangé ensemble le soir du concert et c'est là que je leur
ai donné la liste des morceaux que je souhaitais jouer. Ensuite on est
monté sur la scène du club mais je n'avais pas entendu le son des
instruments des musiciens jusqu'à ce qu'on fasse le premier morceau
"Blow in blow" ! C'est donc vraiment deux approches complètement
différentes mais, encore une fois, complémentaires. C'est donc un
disque qui me satisfait à tous les niveaux.
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Blues Café : Pourtant lorsqu'on écoute
le disque à Tournon d'Agenais, on sent que tu es complètement
transcendé, cet enregistrement est vraiment magique. Est-ce parce que
le public te connaît bien là bas ? |
Nico Wayne Toussaint :
Oui il y a beaucoup de ça. Ca fait bientôt 5 ou 6 ans que l'association
Blues Station à Tournon d'Agenais organise la venue de musiciens
américains - comme Jimmy Johnson, RJ Mischo ou encore Smokey
Wilson - dans une ancienne chapelle désacralisée. C'est un lieu
splendide tout en pierre avec un public très accueillant. Au cours des
3 dernières années, j'y ai fait plusieurs premières parties et je suis
monté sur scène pour accompagner d'autres musiciens. Le public me
connaît donc bien là bas. Lorsque Christian Boncour, le président de
l'association, m'a proposé de faire le disque live chez lui, il y a eu
un mouvement de soutien et de ralliement du public. Il y avait 400
personnes dans la salle et les gens étaient vraiment super
enthousiastes. Ce n'était pas le cas à Boston où on a joué dans un
restaurant avec 90 personnes qui, évidemment, ne me connaissaient pas.
C'était beaucoup plus un concert de club traditionnel alors qu'en
France c'est une ambiance de gros concert. |
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Blues Café : Quels sont tes
projets après ce double album live ? |
Nico Wayne Toussaint :
Tout d'abord, on continue de tourner à l'année avec les musiciens du
groupe Mudzilla puisque ce sont eux qui m'accompagnent depuis presque
2 ans. Au mois de novembre, je fais venir David Maxwell et Kid Bangham
- le guitariste de l'enregistrement de Boston - pour une tournée de 15
jours. Ensuite je fais une nouvelle tournée en janvier qui me
permettra de côtoyer d'autres musiciens. Il y aura une batteuse
américaine avec qui j'ai tourné précédemment, un vrai phénomène à elle
toute seule, et un pianiste hollandais, Mister Boogie Woogie.
Indépendamment du projet avec Mudzilla, j'aime bien aussi pouvoir
provoquer des rencontres, créer des petites tournées, et aller voir
d'autres personnes, d'autres influences.
Et puis j'ai dans un coin de la tête de retourner en studio pour
continuer de produire de la musique qui plaise au maximum de monde. |
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Blues Café : Merci beaucoup Nico
d'être passé dans le Blues Café sur Couleurs FM. |
Nico Wayne Toussaint :
Merci à vous de m'avoir accueilli. Bonne continuation pour votre
émission. |
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