LES
INTERVIEWS DU
BLUES CAFE |
PHILIPPE MENARD
Interview
réalisée le 6/06/05 dans l'émission Blues Café sur Couleurs FM
par Cédric Vernet et Francis Rateau
Philippe Ménard est un vrai phénomène. Seul sur scène, caché derrière une
quantité d'instruments - grosse caisse, percussions artisanales,
guitares ou harmonicas - il est le chef d'orchestre d'un groupe dont il est
l'unique membre. De plus, Philippe Ménard ne se contente pas de maîtriser à
la perfection tous les instruments qu'il prend en main. Il écrit,
arrange, compose l'ensemble des morceaux présents sur son tout nouvel album
"I Want an AC Cobra". Et là encore il excelle ! On y savoure
avec délectation des textes incisifs, parfois drôles mais souvent désabusés
sur la société contemporaine et une Amérique qui ne fait plus vraiment rêver
... Alors un seul conseil, courez ... pour acheter cet album et pour
applaudir Philippe Ménard en concert. Dans les deux cas, c'est une expérience que vous
n'êtes pas prêts d'oublier !
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Ton dernier album s'intitule "I want an
AC Cobra". De quoi s'agit-il ? |
Je pourrais te parler des heures de l'AC
Cobra. C'est une voiture des années 60 qui était fabriquée à partir
d'un châssis anglais avec un moteur américain. Elle avait à peu près
427 chevaux. |
Est-ce que tes désirs sont devenus
réalité concernant cette AC Cobra ? |
Non toujours pas ! Un copain m'en a offert
une ... mais en maquette [rires]. J'attends la vraie !
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Il s'agit de ton 6e album. L'as-tu
enregistré seul comme tes précédents ? |
Tous
mes albums, je les enregistre seul en effet. Il y a très rarement des
invités. Sur cet album, il y a un morceau sur lequel je
joue avec deux amis allemands pour faire un trio guitare / basse /
batterie. Dominique Floch, un harmoniciste du Nord, a également joué
sur un morceau. Tout le reste c'est moi qui le fais. Évidement,
en studio j'utilise le re-recording. Je rajoute des guitares,
des basses, des batteries. Par contre, sur mes albums j'ai toujours
une partie live, enregistrée seul sur scène sans aucun ajout.
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Il est vrai que sur scène tu joues seul
mais il n'empêche qu'avec tous tes instruments on a l'impression de
voir un big band ! |
Un big band, je sais pas [rires] ... Je
suis parti de l'idée du one man band de blues comme il y en
avait dans les années 30. J'essaye de moderniser ça simplement par le
fait que tout est sonorisé. Ça sonne un peu comme un groupe, c'est
vrai. C'est aussi parce que j'ai envie de ne pas faire que du blues.
J'aime bien le blues rock. Mes idoles à moi c'est Rory Gallagher ou
Johnny Winter.
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D'ailleurs, ce nouvel album sonne un
peu plus rock que les précédents ... |
Oui, mais ça s'est fait comme ça. Ce
n'était pas forcément voulu au départ. C'est suivant l'humeur du
moment.
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Est-ce que tu joues l'homme orchestre
sur scène pour le côté pratique - notamment pour trouver des dates -
ou s'agit-il d'une vocation ? |
Honnêtement,
ce n'est pas une vocation de départ. Après avoir passé 17 ans avec mon
groupe Tequila et avoir subi pas mal de changement de
personnel, j'en ai eu ras le bol. Je me suis dit
"pourquoi pas jouer tout seul ?". Au départ, je comptais faire ça que
dans les cafés-concerts. Un jour on m'a proposé de faire une première
partie et ça s'est très bien passé. Je me suis dit que ce serait bien
de continuer comme ça.
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Ce nouvel album (hormis les titres
live) est composé entièrement de nouvelles compositions avec des textes
particulièrement soignés. On t'y sent d'ailleurs très
inspiré par l'actualité ... |
Ça fait plusieurs années que je chante en
anglais. Je me suis dis que ce n'est pas parce qu'on chante en anglais
qu'il faut chanter n'importe quoi. J'essaie de faire des trucs qui
tiennent debout aussi au niveau des textes. J'en ai d'ailleurs
profité pour mettre sur mon site toutes les paroles des chansons que
j'ai traduites en français. J'ai fait cet exercice
pour tous les anciens albums car je trouve intéressant que les gens
sachent ce que je raconte.
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L'album s'ouvre d'ailleurs sur le titre
Patriotism où on sent que tu devais être assez fâché lorsque tu
l'as écris ... tu peux nous en dire quelques mots ? |
Une fois de plus on va se référer aux
États-unis mais ça me révolte de voir tous ces gens en ce moment qui
sortent les drapeaux ... Ça peut avoir un côté sympa mais ça peut
aussi être très malsain.
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A la lecture de tes textes, on t'a
d'ailleurs trouvé un peu désabusé ... |
Oui ... un peu découragé ... C'est
assez décourageant de voir que les gens qui voudraient faire la leçon
à tout le monde ne suivent pas les règles.
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Il y a un thème que l'on retrouve
fortement dans ton album c'est ce qui se passe actuellement aux
États-unis. Est-ce que tu te sens comme un songwriter qui
ferait des protests songs, des chansons contestataires ? |
Non, absolument pas. C'est vrai que j'aime
beaucoup les songwriters, en particulier des gens comme Bob
Dylan ou Springsteen. Il se trouve que j'ai fait une fixation là
dessus sur cet album car c'était vraiment dans l'actualité. Mais je ne
me sens pas comme un redresseur de torts.
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Quelle est ta vision du blues en France
? |
Moi qui ai vécu les années 70-80, je
dirais qu'il ne faut pas se plaindre. En ce moment, le blues en France
ça marche bien. Il y a des excellents groupes partout et ils sont de
plus en plus respectés.
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Ayant été nourri par le rock, tu
n'aurais pas envie de faire, une fois, un album rock avec d'autres
musiciens ? |
Si ça pourrait me revenir ... Cette année,
à l'occasion des 10 ans de la mort de Gallagher, j'ai eu l'occasion de
rejouer avec les deux potes que j'ai invité sur l'album. On a monté
rapidement un répertoire en hommage à Gallagher qu'on a eu l'occasion
de jouer en Allemagne. En ce moment, je suis vraiment impliqué dans
cette expérience de one man band . Ça m'a permis de réapprendre
à jouer de la guitare différemment et d'aller le plus loin possible au
niveau de l'indépendance pieds / mains / harmonica ... Je n'ai pas
encore l'impression d'être allé au bout de ce qu'il y a moyen de
faire.
Philippe Ménard sur le web :
http://www.philippemenard.com
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