LES
INTERVIEWS DU
BLUES CAFE |
 JACK BON
Interview
réalisée le 7/02/05 dans l'émission Blues Café sur Couleurs FM
par Cédric Vernet et Francis Rateau
Charismatique leader de GANAFOUL, Jack BON n'a
cessé d'arpenter les routes du blues depuis la séparation de ce groupe
mythique en 1982. En vrai troubadour, coiffé de son éternel casquette - son
"mojo"-, il va désormais porter la bonne parole du blues dans les
écoles, médiathèques ou festivals avec ses conférences sur le blues, les
"blues boom". Seul avec sa guitare, quelques anti-sèches à portée de main,
Jack BON nous parle de blues et de la condition noire américaine au rythme
de morceaux traditionnels brillamment interprétés. Il suffit de s'asseoir en
cercle autour de lui, d'ouvrir de grands yeux et d'écouter. Il ne manque
plus qu'un feu de bois pour parfaire une ambiance faite de simplicité,
d'échange, de proximité ...
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Jack, ton nom est inévitablement
associé à la grande épopée du groupe GANAFOUL. Qu'as-tu fait depuis la
séparation du groupe en 1982 ? |
Pendant 20 ans, je n'ai jamais vraiment
arrêté de jouer. J'ai toujours essayé d'avoir de nouveaux projets,
d'enregistrer des maquettes. J'ai réussi à enregistrer quelques CDs.
J'ai joué dans tout un tas d'endroits différents, devant 10 personnes
comme devant 5000 dans des festivals, des pubs. Je me suis toujours
confronté au public. Pour moi, jouer de la guitare c'est une passion
donc, succès ou pas, ça ne m'empêche pas de continuer à jouer.
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On sait que tu as des goûts très
éclectiques puisque tu as enregistré des chansons en français ou du
rock avec GANAFOUL. Est-ce que le blues n'est cependant pas le fil
rouge dans toute ta carrière musicale ? |
Via mon frère aîné qui collectionnait
beaucoup de musique, vers 10-12 ans, j'ai commencé à écouter tous les
groupes anglais des sixties, comme Bob Dylan ou Jimi Hendrix qui sont
vraiment teintés de blues. Le jour où j'ai eu un tout petit peu
d'argent pour acheter mon premier vinyl, je suis allé dans un
drugstore et j'ai acheté le disque live de Johnny Winter. J'avais le
choix entre ça et un groupe progressif anglais du nom de Renaissance.
C'est vers Johnny Winter que je suis allé et je n'ai pas regretté !
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Ton dernier album en date s'appelle
Mixed Blues et on a le sentiment que tu as mis tout de toi et de ta
carrière musicale dans ce disque. C'est le cas ? |
Oui. Le titre Mixed Blues signifie que j'y
ai mis toutes les tendances du blues que j'avais pu toucher, soit par
mon expérience musicale soit en écoutant d'autres gens. Dans chaque
titre, que ce soit une composition ou une reprise, j'ai essayé
d'aborder ça avec un style de blues qui existe depuis un siècle. J'ai
trouvé le projet intéressant même si c'est peut être plus difficile à
cadrer pour les éventuels programmateurs qui aiment avoir quelque
chose de bien formaté.
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Est-ce que tu n'as pas le sentiment que
les groupes de blues actuels sont encore très traditionnels dans leurs
démarches artistiques ? |
Je suis loin de connaître tous les groupes
français. Il y a sûrement des exceptions qui confirment la règle, avec
des groupes comme Jesus Volt qui balancent autre chose sur scène. J'ai
vu d'autres groupes qui ne ressassaient pas l'éternel Dust My Broom
version Blues Brothers qu'on peut jouer dans les bals ou dans les
pubs. Refaire toujours le même truc, copier quelque chose qui a déjà
été fait 1000 fois, ça me rebute un petit peu. Je préfère quelqu'un
qui ne joue pas très bien de la guitare mais qui fait passer une bonne
interprétation ou un bon feeling dans ses chansons que quelqu'un qui
va jouer parfaitement Dust My Broom que j'aurais entendu 20 000
fois !
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Lorsqu'on assiste à tes conférences
Blues Boom, on est vraiment frappés par la convivialité et la
simplicité, comme si on était assis au coin du feu pour t'entendre
nous parler de blues. C'est l'esprit que tu voulais donner ?
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Je ne sais pas si c'était ça que je
voulais donner mais le fait est que quand je fais ces conférences,
dans des médiathèques notamment, il n'y a pas vraiment de scène avec
des éclairages ou une grosse sono. Je suis donc tout près des gens. On
ne peut être que soi même pour bien jouer de la musique, il n'y a pas
d'artifice.
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Qu'est ce qui t'a donné envie de monter
ce type de conférence sur le blues ? |
Je me suis toujours intéressé au blues,
surtout ces cinq dernières années. J'ai donc remonté le temps, en
écoutant des disques ou en lisant des livres. Je me suis aperçu qu'il
y a plein de morceaux des années 20 - 30 que j'avais envie de jouer et
que j'ai pu adapter à mon style. Je n'aurais pas pu faire ces morceaux
dans d'autres conditions, en concert plus rock notamment. J'ai donc
trouvé que c'était une bonne occasion de pouvoir jouer ces titres là
dans le cadre de ces conférences.
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Est-ce que ce travail d'historien t'a
permis d'apprendre des choses nouvelles sur le blues ? |
Oui j'ai appris et je continue d'apprendre
car je fais toujours des recherches discographiques. Je découvre sans
arrêt des artistes nouveaux, des manières d'aborder la guitare. J'ai
entendu des gens qui jouent de la guitare de façon très personnelle et
originale. Ça m'a ouvert des perspectives pour mon propre jeu.
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Parler de l'histoire du blues c'est
aussi parler de la condition sociale des noirs américains. C'est un
aspect que tu évoques ? |
Oui bien sûr, car c'est une musique
folklorique, ethnique qui vient du peuple noir. C'est une culture - et
non pas une subculture - donc il faut bien s'imprégner de l'époque
pour montrer aux gens comment tout ça a pu naître.
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